Obéissance et irresponsabilité, voilà les deux Mots Magiques qui ouvriront demain le Paradis de la Civilisation des Machines.

Georges Bernanos, 1947

Si l'on en croit la presse, les tensions autour de l'usage des modèles d'Anthropic par le Pentagone soulèvent une question décisive — au-delà du simple désaccord contractuel : celle de la dilution de la responsabilité.

Surveillance de masse et armes autonomes — les deux pierres d'achoppement selon Reuters — procèdent d'un même mouvement : réduire l'homme à une donnée calculable et à une décision déléguée, atteignant ainsi ce qu'il a de plus irréductible — sa liberté et sa responsabilité.

La technique reconfigure la chaîne de décision, et dilue d'autant la responsabilité individuelle, ainsi que le décrivait dès 1947 Georges Bernanos, dans un essai aussi incisif que prophétique.

La civilisation des machines n'abolit pas la morale, mais elle la fragmente.

La machine ne décide pas. Elle exécute.

Certes, la pression économique et géopolitique du moment laisse peu d'espace aux scrupules anthropologiques. Mais une civilisation ne se juge pas dans le confort de ses certitudes ; elle se révèle dans les choix qu'elle fait sous contrainte. Anthropic — littéralement « ce qui concerne l'homme » — s'honorerait à tenir sa ligne et à rappeler que ce qui est techniquement possible n'est pas toujours humainement acceptable.

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La France contre les robots
Georges Bernanos, 1947 — l'essai cité dans ce post.