Le rapport publié hier par la Commission de l'Intelligence Artificielle met en lumière un enjeu crucial pour la France — et l'Europe : combler le retard d'investissement dans le domaine de l'IA générative pour endosser un rôle de premier plan dans la recherche et le déploiement de ses applications. Il en va, certes, de l'appropriation des gains de compétitivité à la clé.

Mais à mon sens, l'enjeu réside tout autant dans le risque que l'IA générative se développe dans une direction sous-tendue par des considérations économiques et anthropologiques tout autres. Dans les siècles qui nous ont précédés, l'Europe — et en particulier la France, avec son école mathématique de premier plan — a été le berceau de percées scientifiques qui ont permis les ruptures technologiques que nous vivons. Dans les esprits qui les ont vues naître, elles sont souvent allées de pair avec une recherche sincère de la vérité, à travers l'exploration passionnée des mystères que le langage mathématique recèle, et le juste partage des avancées scientifiques.

C'est de ces siècles d'open research que l'IA générative actuelle est redevable, et on peut souhaiter que la France prenne toute sa place pour en perpétuer les idéaux, alors que se privatisent chaque jour davantage les données et capacités de calcul requises, à une échelle oligopolistique.

En fin de compte, on pourrait aussi transposer à nos grandes entreprises, en les paraphrasant, les sept recommandations prioritaires du rapport, par exemple :

Créer dans l'entreprise les conditions d'une appropriation collective de l'IA. Investir dans ses propres compétences en IA, et impulser les transformations qui font sens. Se doter des infrastructures nécessaires, et ne pas laisser externaliser des capacités qu'elle mettrait au cœur de son activité. Adapter son rapport à la donnée et au code ; protéger davantage ce qui constitue son savoir-faire, et partager le reste dans une logique de « communs numériques » — open-source, open-data. Tirer parti de l'IA pour un meilleur déploiement de ses contenus et de sa marque. Cultiver l'esprit d'expérimentation en embrassant, plutôt que de la subir, l'approche statistique au cœur de l'IA générative. Créer à l'extérieur des alliances qui contribuent à l'émergence de « communs numériques » pour peser dans les standards technologiques et éthiques qui vont s'imposer.

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