Citroën vient de dévoiler, au Mondial de l'Auto, sa 2CV Concept, qui préfigure une petite électrique visant un prix proche de 15 000 euros, attendue en 2028. Le concept car m'évoque un souvenir personnel, celui de la 2CV malicieuse et orange que j'ai longtemps vue sous la poussière dans la grange de la ferme familiale en Ariège. Car dans l'imaginaire collectif, la 2CV n'a jamais cessé de sillonner les routes de France. Sur le flanc du pneu, dans une écriture intemporelle qui évoque le geste de la main, le nom « Michelin » se lit comme en hommage appuyé à l'héritage qui jadis unit les deux industriels pour donner vie à cette icône.

Cette histoire commence au bord du gouffre. En 1934, Citroën, en faillite, passe sous le contrôle de Michelin, son principal créancier. Quelques années plus tard, Pierre-Jules Boulanger lance la « Toute Petite Voiture » : deux chevaux fiscaux pour emmener deux personnes et 50 kg de pommes de terre à 60 km/h, sans casser les œufs — « quatre roues sous un parapluie », dit la légende. On la met au point dans les usines de Clermont-Ferrand, et les travaux se poursuivent en secret sous l'Occupation. Elle est enfin présentée en octobre 1948, dans une France exsangue, chaussée de Michelin. Plus de cinq millions d'exemplaires plus tard — fourgonnettes comprises — la dernière quitte l'usine en 1990.

Citroën, film officiel de la 2 CV Concept (2026).

Mais je pense que ce retour dit autre chose qu'une nostalgie. La 2CV est une icône industrielle née dans une période troublée : une voiture de reconquête, pour remettre un pays sur la route avec peu de moyens et beaucoup d'idées. C'est cet esprit que Citroën dit vouloir retrouver : accessibilité, légèreté, praticité. Autour de 15 000 euros, dans une période elle aussi troublée, l'ambition affichée est celle d'une voiture pour le plus grand nombre, à contre-courant d'un marché où les voitures deviennent toujours plus grandes, lourdes et chères, et loin des rééditions néorétro qui fleurissent un peu partout.

Sobriété est le mot juste, et il est malicieux : deux chevaux fiscaux, c'était déjà dire qu'on peut aller loin avec peu. Le pneu s'y met aussi : Michelin apporte un jumeau numérique, sans capteur, qui suit l'état des pneus en continu à partir de ce que la voiture sait déjà et lui permet d'adapter son comportement. Un pneu connecté dans une voiture qui vise les 15 000 euros : comme la 2CV, en son temps, avait rendu la technologie frugale, accessible et pratique.

Le moment n'est pas anodin. En 1934, Michelin a remis Citroën sur ses roues. Quatre-vingt-douze ans plus tard, tandis que des dirigeants du secteur, dont Florent Menegaux, s'emploient à rapprocher les positions de la filière sur la préférence européenne, les deux noms se retrouvent autour d'une voiture pour tout le monde.

Jusque dans les pneus.