La vitesse a rétréci le monde. En gagnant du temps, nous l'avons perdu. J'essaie de le suspendre un peu.

Dominique Mermoux & Édouard Cortès, Par la force des arbres

Un fioretti parmi d'autres de ce livre que je vous recommande — « Par la force des arbres » — une très belle adaptation par Dominique Mermoux du roman d'Édouard Cortès. Avec en toile de fond le sujet de la détresse du monde agricole, il retrace en couleurs l'expérience de cet éleveur désespéré qui se résout à une échappée solitaire de plusieurs mois en pleine forêt, dans une cabane nichée au sommet d'un arbre. À l'image des stylites de l'Antiquité, il va observer « à hauteur d'arbre » les paradoxes de notre société moderne et technologique, sur laquelle il nous livre un regard précieux et des réflexions incisives.

« Le double-vitrage, comme Internet, doit atteindre toutes les chaumières. [...] Plus l'homme se connecte et plus il s'isole. Plus nous avons chaud, plus nous sommes seuls. »

En refermant ce livre, on ne peut qu'aspirer à une vision réconciliée entre la technologie et la nature, la première enrichissant notre expérience humaine plutôt que la diminuant. La seconde restant aussi une source d'inspiration inépuisable pour créer des systèmes à l'impact global vertueux, avec des parallèles possibles entre les deux : la crise du monde agricole a rappelé à notre conscience collective l'impasse de modèles qui épuisent les sols et les personnes, mais aussi que le travail devait avoir un sens. Dans le domaine digital, l'IA dite « générative » offre des perspectives de productivité et de créativité accrues, à condition qu'elle repose sur des modèles frugaux qui préservent, autant qu'ils augmentent, nos écosystèmes et nos facultés propres. Tout est lié.